Recherche en bref : L’incidence des mesures de soutien offertes aux aidants familiaux en situation d’emploi varie selon le sexe

Gaby Novoa résume une nouvelle étude de recherche sur l’incidence des politiques en milieu de travail sur les aidants familiaux en emploi.

17 mars 2022

Gaby Novoa

ÉTUDE : LI, L., Y. LEE, et D. W. L. LAI, « Mental health of employed family caregivers in Canada: A gender-based analysis on the role of workplace support », The International Journal of Aging and Human Development, 7 février 2022. DOI : 10.1177/00914150221077948

Dans le cadre d’une étude récente, Lun Li, Yeonjung Lee et Daniel W. L. Lai ont réalisé une analyse comparative entre les hommes et les femmes à l’égard de l’incidence qu’ont les politiques et les programmes offerts en milieu de travail visant à soutenir les aidants familiaux en situation d’emploi. Les auteurs ont observé les différences selon le sexe dans la relation entre l’adaptation du travail et la santé mentale des aidants familiaux qui occupent un emploi, en se concentrant sur l’efficacité des mesures de soutien en milieu de travail. Les aidants familiaux désignent les personnes s’occupant d’adultes âgés qui sont parfois non autonomes.

L’étude s’appuie sur les données nationales de l’Enquête sociale générale de 2012, et se concentre sur un échantillon de 2 426 aidants familiaux qui occupent un emploi. On y trouve l’état de santé mentale autodéclarée de ces derniers selon une échelle de 1 à 5, les options de réponses variant entre « excellente » et « mauvaise ». On a demandé aux participants d’établir le niveau de stress qu’ils éprouvaient par rapport à neuf éléments liés à la prestation de soins, notamment la gestion de leurs propres émotions, la résolution des conflits familiaux concernant la prestation de soins, la recherche de services pour le bénéficiaire des soins, et la conciliation des tâches liées à la prestation de soins avec leurs autres responsabilités. Les chercheurs se sont également intéressés à l’adaptation au travail, au conflit entre les rôles familiaux et professionnels, aux mesures de soutien en milieu de travail ainsi qu’au sexe.

Les femmes qui sont à la fois des employées et des aidantes familiales déclarent une moins bonne santé mentale que les hommes

Selon les résultats obtenus, les femmes qui doivent adapter leur travail pour mener à bien leurs responsabilités de soins ont une santé mentale moins bonne que les hommes. Les adaptations courantes consistent à prendre des congés, à refuser des offres d’emploi ou des promotions, à réduire les heures de travail, à accepter des postes moins exigeants ou à démissionner. Comparativement aux hommes, les femmes font état d’une moins bonne santé mentale autodéclarée, d’un plus grand nombre d’heures consacrées à la prestation de soins, d’un plus grand nombre d’ajustements dans leur emploi et d’un plus grand niveau de conflit entre leurs rôles familiaux et professionnels.

Même si tous les employés sont appelés à être affectés par les responsabilités familiales, les auteurs soulignent que les femmes subissent davantage de pression pour équilibrer leurs obligations familiales et professionnelles en raison des attentes liées au genre. Les femmes assument une plus grande part de responsabilité dans les tâches ménagères et les soins à prodiguer aux membres de la famille et aux amis, et ce, même si elles sont de plus en plus actives sur les plans social et politique. Elles sont donc plus susceptibles que les hommes d’être confrontées à un déséquilibre entre leurs rôles, et plus enclines à modifier le cours de leur carrière afin de répondre à leurs responsabilités d’aidantes.

Les données suggèrent que les femmes profiteraient moins des mesures de soutien offertes en milieu de travail que les hommes

Au Canada, les mesures de soutien les plus souvent offertes en milieu de travail sont les horaires de travail flexibles, l’emploi à temps partiel, le télétravail et les congés prolongés. Ces options peuvent contribuer à réduire les facteurs de stress liés aux responsabilités familiales des employés et à favoriser leur bien-être. Toutefois, les résultats de l’étude démontrent que l’efficacité de ces mesures de soutien en milieu de travail varie selon le sexe des employés.

Dans leur étude, M. Li et ses collègues ont constaté que l’offre de mesures de soutien en milieu de travail avait une incidence positive sur la santé mentale des employés ayant une charge d’aidants familiaux. Toutefois, le sexe de ces derniers jouait un rôle important à cet égard. Ils ont observé que pour atténuer les effets négatifs liés au besoin d’adapter leur travail sur leur santé mentale, les hommes n’avaient besoin qu’on leur propose qu’un petit nombre de mesures d’adaptation (deux ou trois), alors que les femmes en avaient besoin de plus (au moins cinq).

La différence entre les sexes doit être considérée au moment de mettre en place en milieu de travail des mesures de soutien équitables et axées sur la famille

Le constant déséquilibre entre les sexes que l’on observe dans la prestation de soins signifie que les femmes assument généralement de plus grandes responsabilités. Les données de l’ESG montrent que, comparativement aux hommes, les femmes aidantes familiales qui sont en situation d’emploi assument des soins nécessitant une intervention plus soutenue, procèdent à un plus grand nombre d’adaptations dans leur travail, signalent davantage de situations conflictuelles entre leurs rôles familiaux et professionnels, et bénéficient de moins de soutien communautaire ou informel. Dans un tel contexte, et compte tenu des attentes sociétales liées au sexe qui déterminent la façon dont les femmes gèrent certaines dynamiques professionnelles et familiales, les femmes proches aidantes ont généralement besoin d’un milieu de travail plus accommodant que les hommes.

Les résultats de cette étude fournissent des données empiriques sur la façon dont le travail, la famille et le genre s’entrecroisent et interagissent, ainsi qu’une base à partir de laquelle on pourra reconnaître et prendre en compte les expériences distinctes selon le sexe au moment de mettre en place des programmes et des politiques visant à soutenir les aidants familiaux.

Gaby Novoa est responsable des communications et des publications à l’Institut Vanier de la famille.

Cette recherche en bref a été révisée par Lun Li, Ph. D.

 

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