Recherche en bref : Les soins aux jeunes des familles des militaires

Gaby Novoa présente une nouvelle étude sur la « littératie militaire » chez les pédiatres.
10 novembre 2021

Gaby Novoa

ÉTUDE : CRAMM, H., Ph. D., erg. agréée (Ont.); A. MAHAR, Ph. D.; L. TAM-SETO, Ph. D., erg. agréée (Ont.); et Dre A. ROWAN-LEGG, FRCPC, « Caring for Children and Youth from Canada’s Military Families », Paediatrics & Child Health (juillet 2021). Lien : https://bit.ly/3EYJpo3

Les familles des militaires sont confrontées à un ensemble unique de facteurs de stress qui peuvent avoir une incidence sur la santé et le développement des enfants et des adolescents, qu’il s’agisse notamment des nombreux déménagements, de l’absence fréquente de l’un ou des parent(s), ou encore des risques de maladie, de blessure ou de décès encourus par le ou les membre(s) de la famille en service. Comme en témoignent les recherches, bien que les enfants des familles des militaires aient accès à des soins de santé auprès des mêmes fournisseurs provinciaux et territoriaux que leurs homologues civils, ils éprouvent souvent de la difficulté à rétablir leur accès à de tels services à la suite d’une réinstallation et sont moins nombreux à avoir accès à un médecin de famille1. En outre, de nombreux pédiatres ne sont pas suffisamment sensibilisés aux expériences et aux réalités propres aux familles des militaires ainsi qu’au type de soutien ciblé qu’ils peuvent leur apporter.

Dans « Caring for Children and Youth from Canada’s Military Families » (Les soins aux enfants et aux adolescents des familles des militaires du Canada), Heidi Cramm et ses collaboratrices s’intéressent aux connaissances ainsi qu’aux expériences des pédiatres qui fournissent des soins aux familles des membres des FAC, au moyen d’un sondage ciblé. L’étude souligne la nécessité de renforcer la littératie militaire chez les pédiatres – afin de les conscientiser et de les renseigner sur les réalités, les forces, les vulnérabilités et les perspectives propres et communes aux familles des militaires – et les auteures fournissent des pistes de réflexion en vue de l’élaboration de ressources et de mesures de soutien qui soient mieux adaptées.

Les familles des militaires font face à des défis uniques en matière de soins de santé

Les recherches ont montré que les familles des militaires au Canada ont moins souvent recours à des soins médicaux que les familles civiles, et que bon nombre d’entre elles disent éprouver beaucoup de difficulté à rétablir leur accès aux services médicaux à la suite d’une réinstallation2. Les familles des militaires étant de trois à quatre fois plus susceptibles que leurs homologues civiles de déménager, il leur est souvent difficile de maintenir une continuité des soins qu’elles reçoivent, car chaque déménagement implique un transfert de leurs dossiers médicaux, le passage d’une liste d’attente à une autre et l’établissement de nouvelles relations avec les fournisseurs de soins de santé.

Cette situation est en outre aggravée par le fait que de nombreuses communautés des Forces armées canadiennes (FAC) sont situées en milieu rural, où l’accès à des spécialistes et à certains tests diagnostiques et/ou traitements demeure relativement limité. Le manque de sensibilisation des praticiens au sujet des réalités et des défis propres aux familles des militaires, ainsi qu’aux types de soins dont les enfants et les adolescents de ces familles ont réellement besoin, affecte également la qualité des soins qu’ils reçoivent3.

L’étude révèle chez de nombreux pédiatres des lacunes en matière de connaissances au sujet des familles des militaires

Mme Cramm et ses collaboratrices ont distribué leur sondage à l’ensemble des pédiatres et des spécialistes en pédiatrie inscrits au Programme canadien de surveillance pédiatrique (PCSP). Elles ont ainsi comptabilisé un total de 774 (28 %) questionnaires remplis4, dans lesquels :

  • Le tiers (32 %) des participants croyaient à tort que les familles des membres des FAC avaient accès aux services du système de soins de santé militaire fédéral.

Les familles des militaires, notamment les enfants et les adolescents, n’ont pas accès aux soins de santé militaires fédéraux, qui ne sont offerts qu’aux membres actifs des FAC. Les enfants et les adolescents des familles des militaires dépendent des mêmes fournisseurs de soins de santé provinciaux et territoriaux que les autres Canadiens.

  • Près du quart (23 %) des participants ne voyaient pas la pertinence de relever le statut militaire d’un patient au moment de déterminer les soins dont ce dernier aura besoin.

Bien que certains participants aient affirmé avoir tenté d’en apprendre davantage au sujet des antécédents médicaux et sociaux de leurs patients, environ un pédiatre sur quatre estimait que sa façon de dispenser des soins ne serait pas influencée par le fait qu’un patient soit issu d’une famille militaire.

  • Plus de la moitié (56 %) des participants disaient ne pas être adéquatement formés pour fournir des soins aux familles des militaires.

Seulement 2 % des participants disaient avoir reçu de la formation ou fait des études spécifiques aux familles des militaires, tandis que 18 % affirmaient connaître le document de principes de la Société canadienne de pédiatrie de 2017 sur les soins aux enfants et aux adolescents des familles des militaires. Le document de principes décrit les considérations particulières dont les pédiatres qui leur prodiguent des soins doivent tenir compte ainsi que l’importance pour eux de comprendre le contexte unique dans lequel évoluent leurs patients.

Des possibilités de renforcer la formation et d’améliorer le soutien offert aux patients

Les auteures ont défini plusieurs avenues en vue d’élargir et d’améliorer les ressources et la formation liées aux réalités des familles des militaires ainsi qu’à leurs répercussions sur les enfants et les adolescents. Elles donnent l’exemple d’un cadre pédagogique élaboré aux États-Unis afin d’offrir un éventail de possibilités d’apprentissage aux étudiants en soins infirmiers, notamment un engagement direct auprès de vétérans, les étudiants étant ainsi appelés à écouter ces derniers témoigner de leurs expériences personnelles et à interagir avec eux dans un contexte de soins de santé5. Les auteures suggèrent que ce cadre pourrait inspirer un programme de formation similaire au Canada à l’intention des médecins en cours de formation en pédiatrie. Les partenariats avec les Centres de ressources pour les familles des militaires (CRFM) au Canada, ainsi que des ressources telles que Médecins de famille : travailler auprès des familles de militaires, peuvent contribuer à l’élaboration et à la mise sur pied d’initiatives visant à accroître la sensibilisation au sujet des familles des militaires.

Parmi les efforts organisationnels présentés dans l’étude visant à fournir une formation aux praticiens de la santé, il est notamment question des ressources documentaires élaborées pour les thérapeutes travaillant auprès de militaires, de vétérans et de leur famille. Ce travail fournit un bon point de départ en matière de connaissances, qui pourront être élargies et adaptées pour ceux et celles qui travaillent avec des enfants et des adolescents de familles militaires.

Ces ressources documentaires mettent notamment en relief deux autres ressources importantes de la Société canadienne de pédiatrie :

  • Improving the Health Care of Canadian Military Families (Améliorer les soins aux familles des militaires canadiens) (en anglais seulement) : module de formation ou programme d’études en ligne basé sur des cas, visant à améliorer la capacité du clinicien à fournir des soins aux familles des militaires canadiens;

Cette étude fournit des renseignements importants sur la vie des familles des militaires au Canada et permet d’en apprendre davantage au sujet de ceux et celles qui leur fournissent des soins. Il sera par ailleurs important de poursuivre les recherches sur les expériences propres aux familles des militaires ainsi que sur la « littératie militaire » de ceux et celles qui s’emploient à les servir et à les soutenir, afin d’assurer et de soutenir leur santé et leur bien-être.

Gaby Novoa est responsable des communications et des publications à l’Institut Vanier de la famille.

Cette recherche en bref a été révisée par Heidi Cramm, Ph. D., erg. agréée (Ont.) et Linna Tam-Seto, Ph. D., erg. agréée (Ont.).


Notes

  1. Pour en apprendre davantage au sujet des familles des militaires et des vétérans ainsi que sur leurs réalités familiales, consultez le document Coup d’œil sur les familles des militaires et des vétérans au Canada, de l’Institut Vanier de la famille (2018). Lien : https://bit.ly/3D2Dg9W
  2. Pour en apprendre davantage, consultez le document Médecins de famille : travailler auprès des familles de militaires, de l’Institut Vanier de la famille (2016). Lien : https://bit.ly/3H2MghA
  3. Anne ROWAN-LEGG, Les soins aux enfants et aux adolescents des familles des militaires canadiens : les considérations particulières, Société canadienne de pédiatrie, 2017. Lien : https://bit.ly/3knGXj9
  4. Les auteures reconnaissent que le taux de réponse des participants à leur sondage ne saurait être représentatif de l’ensemble des pédiatres et spécialistes en pédiatrie en exercice au Canada : « Le taux de réponse de 28 % à ce sondage est légèrement inférieur aux taux de réponse moyens obtenus entre 2016 et 2018 (32 %) pour les sondages du PCSP; il était toutefois plus élevé que le taux de réponse approximatif de 20 % qu’obtiennent en moyenne les sondages de recherche, selon la littérature. » [traduction]
  5. Ce cadre est connu sous le nom de projet SERVE (Students’ Education Related to the Veteran Experience – En français : Formation des étudiants liée à l’expérience des vétérans), élaboré par les programmes de soins infirmiers de la Auburn University, de la Auburn University at Montgomery et du Walter Reed National Military Medical Center.
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