En bref : L’IMPACT DE LA COVID-19 en fonction du genre

Diana Gerasimov résume les nouvelles données de recherche sur les répercussions de la pandémie selon le genre.

Diana Gerasimov

10 juin 2021

Série En bref de l’Institut Vanier : Mobiliser la recherche sur les familles au Canada

ÉTUDE 1 : GREKOU, D., et Y. LU, « L’emploi et les différences selon le genre un an après le début de la pandémie de COVID-19 : une analyse par secteur d’industrie et taille de l’entreprise », Statistique Canada (2021). Lien : https://bit.ly/3z6OGYB

ÉTUDE 2 : KABEER, N., S. RAZAVI et Y. VAN DER MEULEN RODGERS, « Feminist Economic Perspectives on the COVID-19 Pandemic », Feminist Economics, 2021, vol. 27, nos 1-2, p. 1-29. Lien : https://bit.ly/3eqdvqa


Les répercussions de la pandémie au Canada

Le récent rapport L’emploi et les différences selon le genre un an après le début de la pandémie de COVID-19 : une analyse par secteur d’industrie et taille de l’entreprise met en relief l’effet disproportionné qu’a eu la pandémie de COVID-19 sur les femmes au Canada.

  • Au début de la pandémie, en mars 2020, les pertes d’emploi des femmes représentaient 63 % des pertes d’emploi globales.
  • Au cours de la période étudiée (de mars 2020 à février 2021 versus de mars 2019 à février 2020), les femmes représentaient 54 % des pertes d’emploi d’une année à l’autre.

Dans le secteur des services, les femmes ont été nettement plus touchées par le recul de l’emploi que leurs homologues masculins

Le secteur des services est composé d’une plus forte concentration de femmes que d’hommes. En février 2020, le secteur des services (à l’exclusion de l’administration publique) représentait 90 % de l’emploi chez les femmes, contre 68 % chez les hommes. Par conséquent, les mesures de confinement, qui étaient systématiquement plus restrictives pour ce secteur, ont eu des répercussions considérables sur les femmes.

  • De mars 2020 à février 2021, les pertes d’emploi pour les femmes ont été, en moyenne, 1,8 fois plus élevées que pour les hommes.

Les répercussions de la pandémie à travers le monde

Une autre étude récente, Feminist Economic Perspectives on the COVID-19 Pandemic (Perspectives économiques féministes sur la pandémie de COVID-19), fait écho aux conclusions des recherches canadiennes quant aux répercussions de la crise sanitaire selon le genre à l’échelle mondiale. Les auteurs ont étudié la façon dont le genre façonne les expériences, les répercussions ainsi que les risques associés à la pandémie à travers le monde. L’analyse des données désagrégées sur les cas de COVID-19 dans 112 pays montre un taux d’infection et de mortalité globalement plus élevé chez les hommes, tandis que les femmes ont été affectées de manière disproportionnée en matière d’emploi, de travail non rémunéré et de bien-être.

La forte représentation des femmes dans les emplois ayant été les plus touchés par les mesures de confinement a entraîné un recul de l’emploi plus important chez celles-ci que chez leurs homologues masculins, et ce, dans de nombreux pays. Les recherches ont également montré que les mesures de confinement à domicile ont eu pour effet d’augmenter les responsabilités de soins non rémunérés, de telles tâches étant, une fois de plus, davantage effectuées par les femmes. Ces restrictions ont également entraîné une augmentation du risque de violence conjugale, dont la fréquence a augmenté partout dans le monde.

Quelques faits saillants…

●       Les femmes issues de groupes marginalisés et de ménages du quartile de revenu le plus bas ont été parmi les groupes les plus durement touchés par la pandémie. Les femmes représentent la majorité de la main-d’œuvre de première ligne et des services essentiels, celle-ci étant plus susceptible d’être exposée à l’infection.

●       Ce sont les pays dirigés par des femmes qui ont obtenu les résultats les plus optimistes au fil de la pandémie.

Les données sanitaires mondiales sur la pandémie témoignent de différences marquées entre les hommes et les femmes

Parmi les pays ayant recueilli des données sur les cas de COVID- 19 spécifiques au genre :

  • Les femmes représentent plus de 60 % des cas dans quatre pays : le Pays de Galles, la Belgique, l’Écosse et les Pays-Bas. En revanche, les hommes constituent plus de 60 % des cas dans au moins 13 pays, dont le Pakistan, le Bangladesh, le Népal et l’Arabie saoudite;
  • Les décès liés à la COVID-19 se répartissent comme suit : 58 % d’hommes et 42 % de femmes.

Sur les 76 pays ayant procédé à l’analyse du taux de mortalité lié à la COVID-19 en fonction du sexe, 64 ont déclaré que les hommes constituaient au moins 50 % de l’ensemble des décès liés à cette maladie. Un tel constat a également été fait dans les pays où les femmes sont plus à risque d’être infectées, comme aux États-Unis.

Divers facteurs pourraient expliquer la forte susceptibilité des hommes de mourir de la COVID-19, notamment :

  • l’adoption plus fréquente de comportements à risque, comme la consommation d’alcool et de tabac;
  • une probabilité plus élevée de diabète, de maladies cardiovasculaires et d’hypertension;
  • une tendance plus faible à suivre les consignes sanitaires, comme envisager des soins préventifs et se laver les mains.

Les répercussions sur les marchés du travail à travers le monde

De nombreux confinements ont été imposés par les gouvernements en raison de la pandémie de COVID-19, ce qui a provoqué des perturbations importantes sur les marchés du travail, les chaînes d’approvisionnement internationales, la migration et les sources de revenus.

  • À l’échelle mondiale, 40 % des travailleuses étaient employées dans les secteurs les plus touchés par la pandémie, contre 37 % des travailleurs.

Les secteurs qui ont été parmi les plus durement touchés pendant la pandémie sont l’industrie du tourisme, l’industrie manufacturière à forte intensité de main-d’œuvre, la vente en gros et au détail ainsi que le divertissement. Les femmes travaillant dans ces secteurs en Amérique centrale et en Asie du Sud-Est étaient particulièrement nombreuses, celles-ci représentant respectivement 59 % et 48 % de l’ensemble des femmes en emploi.

L’importante représentation des femmes dans les secteurs fortement touchés par la pandémie s’est traduite par un recul de l’emploi plus élevé chez celles-ci que chez les hommes de plusieurs pays, dont l’Équateur, l’Espagne, les États-Unis, la Colombie et le Canada.

Aux États-Unis, ce sont les femmes de couleur qui ont été les plus durement touchées par la pandémie en matière de chômage

Aux États-Unis, les femmes de couleur représentent :

  • 30 % de la main-d’œuvre du secteur de la santé et de l’aide sociale
  • 24 % de la main-d’œuvre de l’industrie du tourisme
  • 18 % de la main-d’œuvre du commerce au détail

Compte tenu de l’afflux de patients dans les hôpitaux et les établissements de soins de longue durée provoqué par la pandémie, le besoin de recourir à un plus grand nombre d’infirmiers et d’infirmières, d’auxiliaires familiaux et d’assistants médicaux s’est imposé. Ce sont les travailleurs de première ligne qui courent le plus grand risque d’être exposés à la COVID-19. Or, les femmes et les minorités sont surreprésentées dans les secteurs de soins de première ligne aux États-Unis. Les données de l’Enquête sur l’état de la population (CPS – Current Population Survey) de 2021 aux États-Unis démontrent que les travailleurs occupant un emploi dans les soins essentiels ont un salaire inférieur à celui des autres travailleurs essentiels.

  • À l’échelle mondiale, plus de 70 % des employés des services sociaux et des soins de santé sont des femmes.

Les travailleurs domestiques à travers le monde

Des millions de travailleurs domestiques – qui souvent ne bénéficient pas des droits et de la protection conférés par les lois sur le travail – ont été affectés par les perturbations du marché du travail et l’insécurité financière qui en découle. Nombre d’entre eux n’étaient pas admissibles à l’aide d’urgence ou n’avaient pas accès aux prestations d’assurance chômage.

  • Quelque 80 % des travailleurs domestiques qui s’emploient à cuisiner, à nettoyer et à prêter assistance aux familles dans le monde sont des femmes.

Depuis le début de la crise sanitaire, le risque de violation des droits des travailleurs préoccupe les syndicats de travailleurs domestiques. De telles violations pourraient en outre s’avérer beaucoup plus graves pour les travailleurs domestiques migrants, qui sont davantage limités par leur statut et les lois en matière d’immigration.

La violence conjugale à travers le monde

L’enjeu de la violence conjugale a pris de l’ampleur au cours de la pandémie de COVID-19. Les rapports préliminaires à ce sujet ont en effet révélé que la fréquence et la gravité des actes de violence conjugale ont augmenté dans plusieurs pays.

Les facteurs de risque associés à la violence conjugale sont l’isolement social ainsi que l’augmentation du stress psychologique et financier. Or, de telles menaces sont amplifiées lorsque la victime est appelée à passer davantage de temps avec son agresseur, comme ce fut le cas pour plusieurs pendant la pandémie en raison des mesures de confinement à domicile.

  • Aux États-Unis, les rapports de police et les données sur la criminalité ont démontré que les actes de violences conjugales perpétrés pendant le confinement à domicile ont augmenté d’environ 6 %, le nombre de cas signalés s’élevant à plus de 24 000 entre la mi-mars et la fin avril 2020.

Ces résultats vont dans le même sens que la théorie portant sur la réduction de l’exposition (« exposure reduction theory ») voulant qu’il importe de fournir des espaces sécuritaires aux victimes, loin de leur agresseur, afin qu’elles soient moins exposées aux endroits où la violence est perpétrée et d’ainsi contribuer à prévenir la violence conjugale.

La crise de COVID-19 a ouvert la porte à un examen plus en profondeur des différences sociétales entre les sexes et rappelle l’importance de colliger et d’analyser les données en tenant compte du genre. Les réflexions sur ce que nous ont fait vivre les 15 derniers mois sont autant d’avenues pour des changements dans l’élaboration des politiques, en adoptant des approches axées sur l’optimisation du bien-être de la société, et en gardant à l’esprit la façon dont le genre influe sur les expériences, l’emploi et la santé.

Diana Gerasimov est titulaire d’un baccalauréat en communication et études culturelles de l’Université Concordia.

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