Recherche en bref : Le bien-être des adultes d’âge moyen et des personnes âgées sans partenaire ni enfant

Rachel Margolis, Ph. D., expose une nouvelle recherche sur le bien-être des personnes âgées sans parenté proche.

ÉTUDE : MARGOLIS, R., X. CHAI, A. M. VERDERY et L. NEWMYER, « The physical, mental, and social health of middle-aged and older adults without close kin in Canada », The Journals of GerontologySeries B (2 décembre 2021), gbab222. DOI : 10.1093/geronb/gbab222

8 mars 2022

Rachel Margolis, Ph. D.

Partout sur la planète, le segment populationnel des personnes âgées qui n’ont ni partenaire ni enfant ne cesse d’augmenter (on dit aussi les adultes sans parenté proche ou sans proche parent). Cependant, on en sait encore bien peu sur la manière dont leurs conditions de vie particulières affectent leur bien-être ou leur collectivité. Cet état de fait concerne particulièrement le Canada, où l’occurrence d’adultes sans parenté proche est parmi les plus élevées dans le monde (soit environ 10 % des personnes âgées).

Dans cette étude, les chercheurs Rachel Margolis, Ph. D., Xiangnan Chai, Ph. D., Ashton M. Verdery, Ph. D., et Lauren Newmyer, M.A., mettent à profit les modules sur le vieillissement et les réseaux sociaux de l’Enquête sociale générale du Canada (cycle 21) afin d’évaluer si les personnes âgées sans parenté proche sont désavantagées du point de vue de leur santé physique, mentale et sociale.

Les auteurs ont eu recours à un échantillon de 22 105 répondants représentatifs des Canadiens de 45 ans ou plus dans dix provinces, qui avaient évalué leur propre niveau de santé physique et mentale. Par ailleurs, le facteur de la santé sociale a été mesuré selon le degré de solitude que les participants avaient déclaré ainsi que la fréquence de leurs communications avec des parents ou des amis en dehors du ménage. Enfin, le facteur de l’engagement communautaire a été évalué d’après l’appartenance des participants à des groupes se réunissant régulièrement.

Cette étude révèle plusieurs éléments préoccupants concernant le bien-être des adultes sans proche parent au Canada, notamment en ce qui concerne la santé physique et mentale ainsi que trois aspects de la santé sociale (soit la solitude, l’engagement communautaire et l’interaction avec des parents ou des amis).

Des indices de santé et de bien-être inférieurs chez les personnes âgées sans proche parent

Le principal soutien dont bénéficient les personnes âgées est celui de leur partenaire et de leurs enfants. Par conséquent, l’absence de ces derniers dans la vie d’une personne âgée entraîne éventuellement des répercussions senties sur la santé physique, mentale et sociale.

De fait, les personnes âgées sans proche parent ont déclaré un niveau de santé physique et mentale beaucoup plus faible que leurs homologues ayant un partenaire et des enfants. Toutefois, les résultats obtenus révèlent que les adultes sans parenté proche affichaient à peu près le même niveau de santé physique et mentale que ceux ayant des enfants mais aucun partenaire. La même tendance a pu être observée en ce qui concerne le degré de solitude. Ces constatations donnent à penser que le mode de vie aurait un certain rôle à jouer en ce sens, étant donné que les adultes sans partenaire sont plus susceptibles de vivre seuls.

Les données obtenues ont également révélé que les personnes sans partenaire ni enfant avaient moins d’interactions avec leur parenté que leurs homologues ayant des enfants. « On pourrait penser que les personnes âgées sans enfant entretiennent autant de liens avec leur famille que les autres, par exemple par l’entremise de leurs neveux, nièces ou cousins. Or, nous avons constaté que ces personnes ont généralement moins de contacts avec leur parenté que celles ayant des enfants », souligne Mme Margolis.

L’étude s’est aussi penchée sur les différences entre les personnes âgées ayant des proches parents et celles qui n’en ont pas en s’intéressant aux habitudes de communication sociale et aux types de liens sociaux. Ainsi, les chercheurs n’ont pas seulement tenu compte du soutien affectif pouvant provenir des liens familiaux étroits, mais aussi du soutien des cercles d’amitié élargis. Ils ont constaté que les participants sans parenté proche avaient des interactions plus fréquentes avec leurs amis que leurs homologues ayant un partenaire et des enfants. Ces constatations corroborent celles d’autres études qui montrent que les adultes sans parenté proche déclarent généralement avoir un cercle social où les amis sont plus présents, ces derniers faisant parfois partie de leur « famille choisie ».

Toutefois, cette substitution ne permet pas de combler entièrement les écarts sur le plan de la santé physique et mentale, ou encore en ce qui a trait à la solitude. Les personnes sans parenté proche demeurent désavantagées à cet égard.

Les adultes plus instruits sont les moins à risque parmi les personnes sans proche parent

Ces tendances sont particulièrement nettes dans certains groupes. Même si l’engagement communautaire des adultes sans partenaire ni enfant était considérablement plus faible que chez les personnes ayant des proches parents, la tendance était particulièrement avérée chez les hommes. Selon les chercheurs, ce constat s’explique de diverses façons, notamment par le fait que les hommes sont peut-être simplement plus enclins à se désengager des activités communautaires structurées, ou encore que les femmes ont plus tendance que les hommes à se tourner vers l’engagement communautaire à défaut d’interactions sociales avec des proches parents. Par ailleurs, les chercheurs n’écartent pas l’idée que l’état de santé physique et mentale précaire de certains hommes pourrait les empêcher de s’engager davantage.

Au chapitre de l’éducation, les personnes très instruites sans parenté proche sont moins à risque puisqu’ils interagissent plus souvent avec des amis. Selon Mme Margolis, « ces résultats concordent avec ce que nous savons du fonctionnement des liens sociaux, c’est-à-dire que le niveau de scolarité des personnes exerce généralement une influence à cet égard. Les personnes les plus instruites comptent une plus grande diversité d’amis et de proches grâce à leurs réseaux, alors que les personnes moins instruites ont plutôt tendance à échanger avec les membres de leur famille. »

L’étude souligne l’importance des liens sociaux solides chez les personnes âgées

Cette étude illustre l’importance de créer et de maintenir des liens sociaux tout au long de l’existence. En outre, elle met en relief les domaines où la population pourrait bénéficier de certaines formes d’intervention. À mesure qu’on avance dans la vie, les liens sociaux s’amenuisent naturellement, et les personnes qui n’ont pas de proche parent sont désavantagées sur le plan de la santé physique et mentale ainsi que dans leurs relations. En ce sens, les efforts déployés pour favoriser les interactions régulières avec les amis, la famille choisie ou d’autres personnes du cercle social s’avèrent bénéfiques dans tous les cas.

Rachel Margolis est professeure agrégée au Département de sociologie de l’Université Western Ontario, et auteure principale de cette étude.

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