Quand le garde-manger est vide : insécurité alimentaire et santé publique

Nathan Battams

(Mise à jour du 6 septembre 2017)

La sécurité alimentaire est intimement liée à la santé et au bien-être économique des familles. Il s’agit d’une question très préoccupante sur le plan socioéconomique et en matière de santé publique. La problématique de l’insécurité alimentaire touche non seulement les quelques 1,3 million de ménages au Canada qui ont dû y faire face en 2014 (12 % des ménages, soit 3,2 millions de personnes), mais elle atteint également les collectivités dont ils font partie. Sans ressources alimentaires de qualité et en quantité suffisante, les familles s’exposent à divers problèmes de santé et cette situation compromet leurs chances de connaître une existence heureuse et productive.

Dans le cadre d’une série d’assemblées publiques organisées au pays par l’Association médicale canadienne en 2013 relativement à certains enjeux de santé publique, on a constaté que l’insécurité alimentaire constituait l’un des principaux déterminants sociaux de la santé. En effet, sans une alimentation saine et stable, la population risque davantage de développer divers problèmes de santé, comme les maladies cardiaques, le diabète, le stress et même les allergies alimentaires.

Même si de multiples facteurs sont en cause lorsqu’il est question d’insécurité alimentaire (notamment l’isolement géographique, l’éducation nutritionnelle et les questions liées au transport), l’insécurité économique demeure au cœur du problème.

Depuis le début de la Grande Récession en 2008, plusieurs familles comptent de plus en plus sur le soutien crucial des banques alimentaires et d’autres initiatives communautaires pour se procurer de la nourriture de qualité et en quantité suffisante. Selon Banques alimentaires Canada, le nombre de bénéficiaires des banques alimentaires au pays était en hausse de 28 % au mois de mars 2016 (863 492) comparativement à 2008, et plus de 40 % des ménages bénéficiant d’une aide alimentaire comptaient des enfants.

L’insécurité alimentaire guette plus particulièrement certains groupes, parmi lesquels on a constaté une prévalence supérieure à la moyenne nationale en 2014, notamment chez les personnes d’identité autochtone (26 %) et les personnes de race noire (29 %). D’après une étude de 2016, certains ménages sont plus à risque que d’autres quant à l’insécurité alimentaire si l’on se fie à la moyenne nationale, notamment :

  • les ménages avec enfants de moins de 18 ans (taux d’insécurité alimentaire de 15,6 %, comparativement à 10,4 % parmi les ménages sans enfants);
  • les familles monoparentales dirigées par une femme (33,5 %);
  • les ménages du Nunavut (60 %);
  • les personnes en logement locatif (25 %);
  • les ménages ayant un revenu inférieur à la mesure de faible revenu (29,2 %).

Une étude de Statistique Canada suggère que le taux d’insécurité alimentaire est plus élevé chez les adultes que chez les enfants (8,2 % contre 4,9 %), parce que les parents protègent leurs enfants de l’insécurité alimentaire en réduisant la variété et la quantité dans leur propre assiette, pour leur permettre de mieux se nourrir. Malgré cela, partout au Canada les enfants sont touchés par l’insécurité alimentaire. En effet, les enfants et les jeunes représentaient 36 % de ceux qui ont eu recours aux banques alimentaires au mois de mars 2016.

Au départ, les banques alimentaires et les mesures de soutien communautaire n’ont pas été mises sur pied à titre de solutions permanentes visant à contrer la problématique de l’insécurité alimentaire. Par conséquent, plusieurs organismes qui distribuent de la nourriture aux familles ressentent vivement la pression actuelle engendrée par le ralentissement économique. Devant l’accroissement de la demande, certaines banques alimentaires ont même été contraintes de limiter l’aide disponible. Cet état de fait entraîne des conséquences importantes sur la santé et le bien-être des familles au Canada.

De multiples facteurs sont en cause lorsqu’il est question d’insécurité alimentaire (notamment l’isolement géographique, l’éducation nutritionnelle et les questions liées au transport), mais l’insécurité économique demeure au cœur du problème. Sans pouvoir d’achat, les familles n’ont pas la possibilité de manger. Les taux d’insécurité alimentaire varient considérablement à travers le Canada, atteignant le niveau élévé de 47 % au Nunavut et aux Territoires du Nord-Ouest en 2014. Certains groupes de personnes connaissent des taux de faible revenu anormalement élevés, comme les mères qui sont le seul soutien de famille et les Autochtones, et sont donc plus susceptibles de vivre également beaucoup d’insécurité alimentaire.

Les bénéficiaires des banques alimentaires doivent généralement se débrouiller avec des ressources financières limitées. Ces données font écho au profil d’utilisation des banques alimentaires : en mars 2016, près de la moitié des ménages (45 %) qui ont eu recours aux banques alimentaires tiraient leur principale source de revenus de l’aide sociale. Toutefois, les Canadiens qui tirent la majeure partie de leur revenu de leur travail ont aussi recours aux banques alimentaires et représentent 15 % des personnes aidées au cours du même mois.

Qu’il s’agisse d’améliorer la santé des Canadiens ou de leur permettre de consolider leurs avoirs, la qualité et la quantité des ressources alimentaires accessibles constituent un volet essentiel pour vivre sainement et réaliser son plein potentiel.


Ceci est une version révisée et mise à jour d’un article qui est paru dans le magazine Transition au printemps 2013 (Vol. 43, no 2).

Nathan Battams est responsable des publications, des communications et des médias sociaux à l’Institut Vanier de la famille.

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