L’IMPACT DE LA COVID-19 : La retraite et le budget de la famille au Canada

Edward Ng, Ph. D.

3 septembre 2020

La COVID-19 a eu d’importantes répercussions sur le marché du travail, la vie professionnelle et le budget de la famille au Canada. En raison des mesures de santé publique et de la crise économique, bon nombre d’organismes et d’entreprises des quatre coins du pays ont rapidement mis à pied certains de leurs employés ou leur ont fait faire une transition vers le télétravail. Cela a fait grimper le taux de chômage de 8 % à 14 % entre les mois de mars et de mai 2020, soit le plus haut pourcentage jamais enregistré depuis 19761, date depuis laquelle des données comparables sont disponibles. Un sondage mené du 10 au 12 avril 2020 par la firme Léger, l’Association d’études canadiennes (AEC) et l’Institut Vanier de la famille a révélé que plus du tiers des Canadiens de 18 ans et plus ont éprouvé des difficultés financières en lien avec la pandémie de COVID-19 (c.-à-d. perte d’emploi temporaire ou permanente, perte de salaire ou de revenus)2.

Or, ces nombreuses incertitudes sur le marché du travail peuvent avoir des effets importants sur les aspirations de nombreuses familles, comme le projet d’acheter une maison, d’avoir un enfant3 ou de poursuivre des études postsecondaires. Ce contexte a également eu une incidence sur la retraite, les préretraités comme les retraités ayant dû s’adapter et réagir à l’évolution de la situation afin de soutenir leur famille. La condition des retraités est toutefois unique en ce qui touche les répercussions financières de la COVID-19, car ils ne font pas partie de la population active, et les aînés ont accès à d’autres formes de soutien du revenu. Comme leur capacité de fournir un soutien financier à la famille est déterminée par leur situation financière personnelle, le fait de mieux comprendre leur réalité et les expériences qui leur sont propres apportera certainement un éclairage sur cet aspect des effets de la COVID-19 sur les familles au Canada.

Les projets de retraite sont déterminés par le budget de la famille et l’aide disponible

Alors qu’une proportion croissante de Canadiens demeure sur le marché du travail passé la cinquantaine et au-delà de l’âge traditionnel de la retraite, à savoir 65 ans, le nombre de personnes retraitées a globalement augmenté en raison du vieillissement de la population. Selon Statistique Canada, l’âge moyen à la retraite pour l’ensemble des travailleurs au Canada était de 64,3 ans en 2019. Cela dit, de nombreux Canadiens âgés continuent de travailler bien au-delà de la soixantaine. En 2017, près du tiers des Canadiens de 60 ans et plus disaient avoir travaillé (ou désiré travailler) au cours de l’année précédente, la moitié d’entre eux (49 %) affirmant l’avoir fait (ou souhaité) « par nécessité »4.

Avant la pandémie de COVID-19, quantité de Canadiens exprimaient déjà des inquiétudes quant à leur préparation financière à la retraite. Selon l’Enquête canadienne sur les capacités financières de 2019, 69 % des Canadiens qui ne sont pas encore à la retraite s’y préparent financièrement, que ce soit par leurs propres moyens ou par l’intermédiaire d’un régime de pension de leur employeur5. Par ailleurs, plus du tiers des Canadiens de 55 ans et plus interrogés ont dit craindre de ne pas avoir suffisamment d’économies (37 %) ou de ne pas être en mesure de couvrir leurs dépenses en soins de santé en vieillissant (34 %)6.

Les retraités âgés ont accès à un soutien du revenu par l’entremise de prestations du régime de pension du gouvernement, qui sont offertes à tous les Canadiens de 65 ans qui vivent au pays depuis au moins 10 ans. En plus des régimes de retraite privés, de l’épargne-retraite ou de placements de retraite personnels, les régimes publics de soutien au revenu pour les aînés, tels que la pension de la Sécurité de la vieillesse (SV), le Supplément de revenu garanti (SRG) et le Régime de pensions du Canada/Régime de rentes du Québec, fournissent aux retraités âgés canadiens des sources de revenu fixes et relativement stables qui peuvent les aider à se protéger en contexte d’instabilité économique, comme le bouleversement économique entraîné par la pandémie de COVID-19.

En mai 2020, en raison du stress financier imposé aux retraités et aux aînés, le gouvernement fédéral a fait l’annonce d’une aide financière supplémentaire pour les aînés, soit le versement d’un paiement unique de 500 $ à ceux et celles qui reçoivent à la fois la SV et le SRG, afin de les aider à assumer les coûts supplémentaires attribuables à la crise sanitaire7.

Les placements des retraités sont touchés, mais le budget de la famille se porte mieux

Un sondage mené par la firme Léger, l’AEC et l’Institut Vanier de la famille au début du mois de mai a fourni l’un des premiers aperçus des répercussions financières de la pandémie sur les retraités8. Parmi les répondants, seul 1 retraité sur 59 a dit avoir subi des pertes de revenus en raison de la crise de la COVID-19, comparativement à près de la moitié (47 %) des préretraités (figure 1).

Les données du sondage ont en fait démontré que certains (7 %) retraités éprouvent des difficultés à respecter leurs obligations financières, comme le paiement de factures, ce qui est également le cas de près de 1 préretraité sur 4 (24 %). De même, 1 retraité sur 20 (5 %) dit avoir de la difficulté à payer son hypothèque ou son loyer, contre près de 1 préretraité sur 5 (18 %).

Si les retraités ont accès aux programmes publics de soutien du revenu, nombre d’entre eux ont également accès à d’autres sources de revenus émanant notamment de l’épargne ou d’autres placements. (En 2015, 50 % des aînés au pays ont dit recevoir des revenus de placements)10. La pandémie de COVID-19 a engendré des incertitudes et des turbulences sur les marchés financiers qui ont ajouté un stress considérable sur les investisseurs en général, et c’est en ce sens que les retraités ont été le plus durement touchés. Selon les données du sondage, plus de la moitié (52 %) des retraités ont fait état d’une incidence négative sur leur épargne-retraite ou d’autres placements, bien que cette incidence ait été plus importante chez les préretraités (59 %).

Les retraités apportent un soutien financier aux autres membres de leur famille

La famille procure une certaine forme d’assurance contre les chocs financiers soudains. Ainsi, étant donné que certains retraités ont été moins exposés aux bouleversements économiques liés à la pandémie, ils constituent une source potentielle de soutien financier pour leurs enfants ou les plus jeunes membres de leur famille, qui pourraient avoir été plus sévèrement touchés. Dans le cadre d’une étude portant sur les répercussions des graves récessions économiques, quelque 28 % des ménages aux États-Unis ont affirmé avoir reçu une aide financière de leur famille et de leurs amis pendant la crise financière de 200811.

De quelle façon la pandémie de COVID-19 a-t-elle affecté la capacité des retraités de soutenir d’autres membres de leur famille au Canada? Lorsqu’on leur a posé la question, environ 1 retraité sur 5 (21 %) a déclaré que la pandémie avait perturbé sa capacité d’aider financièrement d’autres membres de la famille. Chez les préretraités, ceux-ci étant davantage exposés au bouleversement économique provoqué par la crise sanitaire, la proportion était de 45 %. Ainsi, les retraités qui recevaient une aide au revenu de leurs enfants ou petits-enfants (dont certains pourraient être des préretraités) ont peut-être aussi été indirectement touchés.

Le tiers des Canadiens interrogés doivent revoir leur projet de retraite

Alors que les familles continuent de composer avec les effets de la pandémie de COVID-19, les données montrent que de nombreux travailleurs y adaptent leur projet de retraite. Une étude menée récemment aux É.-U. a révélé que 39 % des travailleurs américains revoyaient le moment de leur départ à la retraite12, et ce, principalement pour des raisons financières (p. ex., peut-être ont-ils dû utiliser une partie de leurs économies, certains de leurs placements peuvent avoir perdu de la valeur pendant la pandémie, le montant d’argent dont ils auront besoin à la retraite demeure incertain).

Un sondage distinct effectué au Canada suggère qu’une tendance similaire pourrait être observée au pays : le tiers (33 %) des adultes prévoyant prendre leur retraite soutiennent qu’ils le feront plus tard que prévu en raison de la COVID-1913. Quelque 8 % des répondants ont par ailleurs déclaré qu’ils prendraient leur retraite plus tôt que prévu, possiblement en vue d’échapper à l’incertitude et aux turbulences persistantes sur le marché du travail (s’ils en ont les moyens financiers).

Bien que la situation ne permette pas encore de dégager clairement tous les effets de la pandémie de COVID-19 sur la retraite au Canada, les données préliminaires montrent que les retraités sont en moyenne moins touchés financièrement, tandis que les préretraités semblent avoir été plus exposés aux répercussions économiques. En outre, les sondages démontrent que l’incertitude accrue a une incidence sur la planification de la retraite, et il sera important de poursuivre les recherches afin de mieux en comprendre les répercussions sur les finances et le bien-être des familles de façon plus générale.

Edward Ng, Ph. D., Institut Vanier, en détachement de Statistique Canada


Notes

  1. Statistique Canada, « Enquête sur la population active, mai 2020 » dans Le Quotidien (Ottawa : Statistique Canada, 2020). Selon l’Enquête sur la population active, de février à avril 2020, 5,5 millions de travailleurs canadiens ont été touchés par la crise économique liée à la COVID-19, ce qui comprend une baisse de l’emploi de 3,0 millions ainsi qu’une augmentation de 2,5 millions des absences du travail associées à la COVID-19. Lien : https://bit.ly/3jmKoE1
  2. Ana Fostik et Jennifer Kaddatz, « Les finances familiales et la santé mentale pendant la pandémie de COVID‑19 » (26 mai 2020). Lien : https://bit.ly/2YALdRz
  3. Voir Ana Fostik, « Incertitude et report : Les conséquences de la pandémie sur la fécondité au Canada », L’Institut Vanier de la famille (30 juin 2020). Lien : https://bit.ly/2YBa082
  4. Myriam Hazel, « Raisons de travailler chez les 60 ans et plus » dans Regard sur les statistiques du travail, no 71-222-X au catalogue de Statistique Canada (14 décembre 2018). Lien : https://bit.ly/3hr39W9
  5.  Agence de la consommation en matière financière du Canada, Les Canadiens et leur argent : principales constatations de l’Enquête canadienne sur les capacités financières de 2019 (novembre 2019). Lien : https://bit.ly/2EGLrPK
  6. RBC, Sondage RBC sur l’autonomie financière à la retraite de 2017 (14 février 2017). Lien : https://bit.ly/3loed8L
  7. Justin Trudeau, premier ministre du Canada, « Le premier ministre annonce un soutien supplémentaire pour les aînés canadiens », Gouvernement du Canada (12 mai 2020). Lien : https://bit.ly/31v2GNb
  8. Le sondage, réalisé par l’Institut Vanier de la famille, l’Association d’études canadiennes et la firme Léger, du 1er au 3 mai 2020, comprenait environ 1 500 personnes de 18 ans et plus qui ont été interrogées à l’aide d’une technologie ITAO (interview téléphonique assistée par ordinateur) dans le cadre d’une enquête en ligne. À l’aide des données du Recensement de 2016, les résultats ont été pondérés en fonction du sexe, de l’âge, de la langue maternelle, de la région, du niveau de scolarité et de la présence d’enfants dans le ménage, afin d’assurer un échantillon représentatif de la population. Aucune marge d’erreur ne peut être associée à un échantillon non probabiliste (panel en ligne, dans le présent cas). Toutefois, à des fins comparatives, un échantillon probabiliste de 1 512 répondants aurait une marge d’erreur de ±2,52 %, et ce, 19 fois sur 20.
  9. Par retraité, on entend toute personne de 45 ans et plus ayant déclaré être à la retraite dans le cadre du sondage, lorsqu’interrogée sur son statut actuel. Les préretraités représentent d’autres répondants du même groupe d’âge ayant dit occuper une profession autre que celle de personne au foyer ou d’étudiant. S’il n’y a pas d’âge obligatoire pour la retraite au Canada, les données du sondage ont en outre révélé que près de 4 % des personnes de 65 ans et plus demeurent en emploi, alors qu’environ 29 % des retraités du même groupe d’âge avaient en réalité moins de 65 ans.
  10. Statistique Canada, « Sources de revenu et impôts (16), statistiques du revenu (4) en dollars constants (2015), âge (9), sexe (3) et année (2) pour la population âgée de 15 ans et plus dans les ménages privés du Canada, provinces et territoires, régions métropolitaines de recensement et agglomérations de recensement, Recensement de 2006 – Données-échantillon (20 %) et Recensement de 2016 – Données intégrales (100 %) » dans Tableaux de données, Recensement de 2016 (12 septembre 2017). Lien : https://bit.ly/3bazLRT
  11. National Research Council, « Assessing the Impact of Severe Economic Recession on the Elderly: Summary of a Workshop » (Washington, DC: The National Academies Press, 2011). Lien : https://bit.ly/2X8b9mU
  12. Edward Jones Canada, The Four Pillars of the New Retirement (25 juin 2020). Lien : https://bit.ly/3aSO90T (PDF)
  13. Ibidem

Programme de développement durable à l’horizon 2030 – Objectifs de développement durable (ODD)

En 2015, le Canada et les 192 autres États membres des Nations Unies, réunis lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, ont adopté le Programme de développement durable à l’horizon 2030, un cadre général de mesures reposant sur 17 objectifs de développement durable (ODD) qui tient compte des dimensions sociales, économiques et environnementales du développement durable.

La présente ressource, sous forme d’article de blogue, est associée aux ODD suivants (cliquez sur les icônes pour consulter d’autres textes de l’Institut Vanier portant sur l’objectif concerné :

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