Compagnie, soins et connexion : Les animaux de compagnie et le bien-être familial

Gaby Novoa et Laetitia Martin

7 juillet 2020

De nombreuses recherches ont démontré l’impact positif qu’ont les rapports sociaux sur la qualité de vie d’une personne. Ils favorisent le développement d’un sentiment d’appartenance, fournissent un soutien affectif et jouent un rôle important dans la santé et le bien-être global. Mais qu’en est-il de nos liens avec les autres membres de notre famille – nos animaux de compagnie? Cette question est d’autant plus pertinente que nous tentons de nous adapter collectivement à une nouvelle réalité marquée par des mesures de distanciation physique et de confinement, dans le cadre desquelles de nombreuses personnes passent davantage de temps avec leurs animaux de compagnie et moins de temps, du moins en personne, avec leur famille et leurs amis, et que d’autres peuvent être enclines à adopter ou à prendre soin d’un nouvel animal de compagnie.

En 2018, environ 41 % des ménages canadiens interrogés comptaient au moins un chien et 38 %, au moins un chat (avec chevauchement entre les deux groupes) – pour un total de 8,2 millions de chiens et 8,3 millions de chats au sein des foyers à travers le pays1.

Les animaux de compagnie peuvent contribuer au bien-être psychologique et physique

Comme en témoigne un pan considérable de la littérature, les animaux de compagnie peuvent avoir un impact positif sur le bien-être psychologique et physique de leurs propriétaires. La chercheuse Deborah L. Wells soutient qu’une bonne relation avec un animal est favorable à une bonne santé mentale. Les recherches ont effectivement démontré que les animaux de compagnie contribuent à atténuer les effets des événements stressants de la vie – une constatation particulièrement pertinente pendant la pandémie de COVID-19, alors que les familles de partout au Canada vivent d’importantes transitions. Froma Walsh fait d’ailleurs écho à cette constatation en soulignant que les animaux de compagnie apportent un soutien émotionnel qui facilite l’adaptation, le rétablissement et la résilience. Ce bienfait est en outre amplifié lors des périodes de transition, de détresse et d’adversité2.

Nathan Battams, gestionnaire des communications à l’Institut Vanier, réfléchit à l’impact de la compagnie des animaux dans le soutien en santé mentale pendant la pandémie :

Quand les milieux de travail non essentiels ont dû fermer et que mon équipe a rapidement adopté le télétravail, j’ai perdu ou dû soudainement adapter presque toutes mes routines et tous les horaires auxquels j’étais habitué. Or, en tant que personne souffrant de TDAH et d’anxiété, ces « points d’ancrage » sont cruciaux pour ma santé mentale et mon bien-être. Toutefois, ce qui m’a permis de retrouver une certaine constance tout au long de cette période difficile est le chat de ma partenaire, Sirius : il avait 17 ans, était atteint du diabète et avait reçu un diagnostic de leucémie au début du mois de mars. Qu’il s’agisse de lui donner de l’insuline à des heures très précises, de faire des pauses pour lui donner ses repas ou de l’emmener faire de petites promenades, les soins que j’ai prodigués à Sirius m’ont procuré un certain ancrage, ils m’ont aidé à rétablir des habitudes et à prendre soin de moi.

Les relations avec les animaux de compagnie ont aussi d’autres effets bénéfiques sur le plan psychologique, comme la diminution de l’anxiété, du sentiment de solitude et de la dépression3. June McNicholas et autres ont évoqué l’idée de l’« effet catalyseur » que peuvent avoir les animaux, dans la mesure où ils favorisent souvent les contacts sociaux entre les individus4. Jennifer Arkell, qui collabore avec l’organisme Sit With Me5 depuis près de huit ans, a accueilli chez elle près de 15 chiens en attente d’un foyer permanent. Elle dit que son expérience avec ces animaux a été pour elle une source de rapprochement avec les gens, et elle note avoir conservé des relations avec certaines des personnes qui ont adopté les chiens qu’elle hébergeait.

Barbara Cartwright, PDG de l’organisme Humane Canada6, souligne la contribution des animaux à la santé physique de leur propriétaire, en particulier dans le cas des chiens, compte tenu de l’exercice qu’exige le fait d’aller marcher ou courir avec son animal. « Les animaux apportent beaucoup de joie dans la vie des gens : ils introduisent une routine, ils nous font rire et jouer. Ils font également beaucoup de bien à notre santé mentale », affirme Mme Cartwright.

Les animaux de compagnie peuvent favoriser la socialisation des enfants et des jeunes

Des recherches cliniques récentes ont également démontré les bienfaits des animaux sur la santé de certains groupes spécifiques. On rapporte principalement que les animaux favorisent la socialisation éducative des jeunes enfants et des adolescents7. Une étude révèle des niveaux d’empathie plus élevés chez les enfants ayant des animaux de compagnie par rapport à ceux qui n’en ont pas, et souligne que les relations avec des animaux de compagnie stimulent le développement de la responsabilité, du lien affectif, de la connaissance des premiers soins et de l’intérêt pour les autres êtres vivants8.

Ces relations avec les animaux de compagnie – « des conseillers silencieux, des amis précieux et parfois même des frères et sœurs de substitution9 [traduction] » – permettent également aux enfants de vivre toutes les étapes d’un cycle de vie, de la naissance à la possibilité de souffrir d’une maladie, jusqu’au décès d’un être cher. Le fait d’être confronté en bas âge à ce type de perte peut en outre aider à dénouer le tabou entourant la mort, qui nous empêche souvent d’aborder le sujet avant que les enfants atteignent un âge avancé10.

La cohésion familiale s’articule souvent autour des animaux de compagnie

Les animaux de compagnie peuvent servir de « ciment » au sein d’une famille, car ils favorisent la communication et l’interaction des membres en centrant la vie familiale sur un point commun11. Prendre soin d’un animal et le discipliner en famille peut aider à établir des règles, des rôles, une autorité ainsi que des limites, ce qui offre de nombreuses possibilités d’apprentissage. Une étude a démontré que le fait de parler à son chien, au même titre que de parler à son conjoint, était lié à une plus grande satisfaction dans la vie en général et dans la vie conjugale12. L’évolution de ces pratiques est illustrée par le choix que font souvent les jeunes adultes, seuls ou en couple, d’élever des animaux de compagnie avant ou au lieu d’élever des enfants.

Les animaux de compagnie peuvent contribuer à soutenir les membres de la famille qui souffrent d’anxiété et de démence

L’effet bénéfique des animaux pour les personnes souffrant de troubles anxieux graves est particulièrement bien documenté. En créant une barrière entre leur propriétaire et le monde extérieur, les chiens d’assistance peuvent contribuer à réduire l’anxiété et l’hypervigilance, en particulier chez les personnes qui vivent un trouble de stress post-traumatique13. Grâce aux chiens d’assistance, ces dernières, ainsi que les personnes éprouvant d’importantes difficultés à marcher, pourront améliorer leur capacité à se déplacer à l’extérieur de leur domicile, favorisant ainsi leur intégration dans la collectivité14. Ce sont autant d’avantages qui contribuent à réduire l’isolement des personnes socialement vulnérables.

Une étude évoque les bienfaits des animaux de compagnie pour les membres âgés de la famille atteints de démence, ceux-ci leur offrant notamment un réconfort lors de réunions familiales qui, autrement, seraient susceptibles de déclencher chez eux de l’anxiété et de la confusion. Dans un tel contexte, la proximité d’un animal que l’on peut garder près de soi et caresser peut-être rassurante et apaisante, ce qui est favorable à plus grande inclusion dans les interactions familiales15. Russ Mann, conseiller principal de l’Institut Vanier et colonel à la retraite, affirme que « les chiens d’assistance peuvent changer et changent réellement des vies », et souligne l’importance de cette connexion transformatrice chez les vétérans.

Les chiens d’assistance dressés de façon spécifique peuvent contribuer au traitement et à l’atténuation à long terme du TSPT, des troubles anxieux, des troubles dépressifs et des incapacités physiques16. Mme Walsh fait toutefois remarquer que l’animal d’assistance ne doit pas être considéré comme un animal de compagnie : il est entraîné à participer à la guérison de son propriétaire, contribuant à la fois à sa relation avec celui-ci et à la dynamique qui le relie à ses aidants.

Près d’une personne sur 10 choisit un organisme axé sur le bien-être des animaux au moment de faire un don à un organisme caritatif

Alors que les animaux, qu’il s’agisse d’animaux d’assistance ou de compagnie, apportent beaucoup à leurs propriétaires, la réciprocité de cette relation contribue également à la qualité de vie du propriétaire. Certaines études ont démontré que le fait de donner ou de faire du bénévolat avait un effet bénéfique sur le bien-être d’une personne17. Selon les données d’un récent sondage mené par l’Institut Vanier de la famille, l’Association d’études canadiennes et la firme Léger, parmi les personnes ayant consacré du temps ou donné de l’argent à un organisme de bienfaisance, près d’une sur 10 aurait choisi une association dédiée au bien-être des animaux (9,2 %)18.

De plus, comme l’a relevé Mme Cartwright, subvenir aux besoins quotidiens de son animal de compagnie peut également être bénéfique pour le propriétaire. Chez les personnes souffrant d’un trouble de stress post-traumatique, la responsabilité de prendre soin d’un animal peut aider à intégrer et à maintenir une routine quotidienne19. Se lever le matin pour nourrir ou sortir un animal de compagnie, surtout lorsqu’il s’agit d’emmener son chien faire une promenade ou de courir avec lui, sont des exemples de comportements sains et favorables au bien-être des propriétaires. En outre, on sait que le fait de réussir à accomplir des tâches, qu’elles soient complexes ou non, améliore l’estime de soi.

Selon Humane Canada, les adoptions et les placements en famille d’accueil ont augmenté de 30 % à 60 % au cours de la pandémie de COVID-19

Pour ceux et celles qui sont à la recherche d’un défi supplémentaire, la communauté du bien-être animal offre de nombreuses occasions d’établir des liens grâce à des activités de bénévolat plus officielles. Mme Arkell, qui témoigne de son expérience, affirme que ces initiatives sont d’autant plus gratifiantes lorsque le défi est grand. Parvenir à dresser un chien difficile, qui autrement serait euthanasié, afin qu’il puisse à nouveau être adopté lui apporte un fort sentiment d’accomplissement. L’expérience est pour elle enrichissante, même si, inévitablement, elle s’accompagne d’un deuil : celui de faire ses adieux à un chien d’accueil auquel elle se sera consacrée et immanquablement attachée.

Comme pour Mme Arkell, la protection et la promotion du bien-être des animaux de compagnie semblent être des valeurs partagées par beaucoup d’entre nous. Au début de la pandémie de COVID-19, plusieurs refuges ont lancé un appel afin d’obtenir l’aide du public afin de désencombrer leurs installations, dans la mesure du possible, et la réaction du public a été incroyable. Mme Cartwright estime qu’au 2 juin 2020, le nombre d’adoptions et de placements en famille d’accueil avait augmenté de 30 % à 60 %, selon les régions.

Mais comme le dit Mme Arkell, « le défi n’est pas seulement de trouver un chien pour une famille, mais de trouver la bonne famille d’accueil ou d’adoption pour un chien », ce qui rappelle ici l’importance de la réciprocité dans la relation entre l’humain et l’animal de compagnie, un élément important pour le développement d’une connexion significative.

Gaby Novoa est responsable des communications à l’Institut Vanier de la famille.

Laetitia Martin, Institut Vanier, en détachement de Statistique Canada


Notes

  1. Institut canadien de la santé animale, « Publication des plus récentes données sur la population canadienne d’animaux de compagnie » (28 janvier 2019). Lien : https://bit.ly/2YG     5W77
  2. Froma Walsh, « Human-Animal Bonds II: The Role of Pets in Family Systems and Family Therapy » dans Family Process, vol. 48, no 4, p. 481-499 (décembre 2009).
  3. Marta Reis et autres, « Does Having a Pet Make a Difference? Highlights from the HBSC Portuguese Study » dans European Journal of Developmental Psychology, p. 548-564 (17 avril 2017). Lien : https://bit.ly/3cvHj0s
  4. June McNicholas et autres, « Pet Ownership and Human Health: A Brief Review of Evidence and Issues » dans Education and Debate (24 novembre 2005). Lien : https://bit.ly/309MeBN
  5. Sit With Me est un organisme à but non lucratif qui se consacre au placement de chiens dans la région d’Ottawa-Gatineau. Lien : https://bit.ly/2A6AN37
  6. Humane Canada agit à titre de fédération canadienne des SPCA et des sociétés de protection des animaux et se consacre à l’avancement du bien-être des animaux au pays. Lien : https://bit.ly/2VkUlbq
  7. Walsh, « Human-Animal Bonds II: The Role of Pets in Family Systems and Family Therapy ».
  8. Ibidem
  9. Ibidem
  10. Katherine Arnup, « La mort et le processus de fin de vie au Canada » dans Perspectives familiales, L’Institut Vanier de la famille (mai 2018). Lien : https://bit.ly/37e3rw3.
  11. Walsh, « Human-Animal Bonds II: The Role of Pets in Family Systems and Family Therapy ».
  12. Ibidem
  13. Kristine Aanderson, « Wounded Warriors Canada: Service Dog Prescriber Guidelines », Wounded Warriors Canada (4 mars 2019). Lien : https://bit.ly/3eNMaLU (PDF)
  14. Ibidem
  15. Walsh, « Human-Animal Bonds II: The Role of Pets in Family Systems and Family Therapy ».
  16. Aanderson. « Wounded Warriors Canada: Service Dog Prescriber Guidelines ».
  17. Caroline E. Jenkinson et autres, « Is Volunteering a Public Health Intervention? A Systematic Review and Meta-Analysis or the Health and Survival of Volunteers » dans BMC Public Health (23 août 2013). Lien : https://bit.ly/3eSpUAI. Elizabeth W. Dunn et autres, « Spending Money on Others Promotes Happiness », dans Science, vol. 319, no 5870, p. 1687-1688 (21 mars 2008). Lien : https://bit.ly/2zVpKK6
  18. Un sondage de l’Institut Vanier de la famille, de l’Association d’études canadiennes et de la firme Léger, réalisé du 1er au 3 juin 2020, comprenait environ 1 500 personnes de 18 ans et plus qui ont été interrogées à l’aide d’une technologie ITAO (interview téléphonique assistée par ordinateur) dans le cadre d’une enquête en ligne. À l’aide des données du Recensement de 2016, les résultats ont été pondérés en fonction du sexe, de l’âge, de la langue maternelle, de la région, du niveau de scolarité et de la présence d’enfants dans le ménage afin d’assurer un échantillon représentatif de la population. Aucune marge d’erreur ne peut être associée à un échantillon non probabiliste (panel en ligne, dans le présent cas). Toutefois, à des fins comparatives, un échantillon probabiliste de 1 512 répondants aurait une marge d’erreur de ±2,52 %, et ce, 19 fois sur 20.
  19. Aanderson, « Wounded Warriors Canada: Service Dog Prescriber Guidelines ».
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